L'option "marcheurs" est tombée à l'eau, reportée, victime des intempéries. Nous autres, les spéléos à l'abri sous terre, ne serons pas concernés.
Comme mise en bouche, un exposé au sec dans la salle de la mairie de Rébénacq (merci monsieur le maire), après une introduction passionnante de Jean-Paul sur les relations entre bastides et géologie (Nouveau rendez-vous espéré à l'automne).
Et nous voilà embarqués dans un voyage qui débute à l'aube des temps géologiques sur terre, et aboutit à un zoom sur le glacier d'Ossau, et aux phénomènes karstiques autour de Rébénacq.
C'est le dioxyde de carbone (ne surtout pas dire céodeux) qui est responsable non pas de la dissolution, mais de la corrosion du calcaire. Conséquence : c'est mieux quand il fait froid (mais pas trop car l'eau doit quand même couler liquide), et s'il fait chaud il faut alors qu'une végétation exubérante puisse acidifier l'eau d'infiltration.
Mais comment donc ces galets de granite des Eaux Chaudes ou de roches rouges permiennes récoltés au fond par Laure ont ils pu échouer dans une cavité de la vallée du Néez ? De même que le gave, par ses pertes, contribue à alimenter ce réseau souterrain, de même ses galets, dont l'origine est le matériel jadis transporté par le glacier, ont réussi à voyager jusque là. Reste à préciser la part de leur parcours souterrain et de leur parcours aérien.
Il a fallu toute l'autorité de Christian pour interrompre le flot d'informations des orateurs enthousiastes bien partis pour nous faire rater l'heure de départ pour la grotte.
Casse croûte à l'abri et arrivée de Nicolas avec son matos. On enfile genouillères, combinaison, bottes et baudrier, et en route pour le parking de la carrière.
Un court trajet nous mène à pied d'œuvre : sans les marches qui équipent le sentier et la grille qui ferme le passage, l'ouverture discrète aurait pu passer inaperçue. Mais c'est un peu plus haut que nous nous faufilons dans une autre fissure encore plus discrète et sans grille.
Après quelques mètres, Nicolas nous équipe un par un pour une petite descente en rappel non sans nous rappeler à chaque fois le mode d'emploi du descendeur et les consignes de base de sécurité : nous nous sentons en de bonnes mains...
Nous atterrissons sur le trajet d'une ancienne rivière qui, de façon surprenante, s'écoulait vers ce qui est désormais la partie haute de la galerie, du fait des blocs effondrés que nous gravissons maintenant.
Terminus, et même si on sait que dans le prolongement se trouve le réseau qui abreuve la ville de Pau, l'absence permanente de courant d'air ici ôte tout espoir de faire un jour la jonction.
Pour autant, la visite ne fait que commencer. Demi tour donc pour découvrir au fil de notre pérégrination les ...mites qui montent et les ...tites qui tombent, draperies dégoulinant des fissures pour la plupart N160, les choux fleurs, mini gours et même cristaux scintillant sous l'eau qui les nourrit.
Ailleurs, des courants d'air chargé en céodeux ont au contraire décapé les concrétions jusqu'à grignoter le calcaire à rudistes laissant ses veines de calcite en relief.
Et surtout ces couches de sable et galets qui se sont jadis accumulés parfois jusqu'à boucher la galerie, obligeant l'eau à ouvrir une nouvelle galerie parallèle pour se créer un passage. Un creusement ultérieur par un retour de la rivière met en évidence les tranches d'épisodes successifs de dépôt, d'abord turbulents grossiers jusqu'à très fins argileux. Ce qui suggère que la gadoue dans laquelle nous rampons n'est pas forcément de l'argile de décalcification, mais très probablement en majorité un apport extérieur.
Cette argile constitue un super matériel de jeu pour les talentueux artistes-modeleur que sont les jeunes visiteurs scolaires, ou pour l'ours qui l'a furieusement griffée (lui seul sait pourquoi) au fond de la grotte.
Çà et là pendent des petits rhinolophes isolés complètement enveloppés dans leurs ailes.
Pour le fun un dernier rappel, et les dernier mètres avant la sortie dans le noir complet (on imagine ainsi ce que voyait l'ours griffeur...), puis séance de déshabillage aux voitures.
Mélange de satisfaction physique et intellectuelle, cette visite est vraiment la preuve que sans observer on ne voit rien, mais que dès lors qu'on observe, alors on voit non seulement le présent, mais aussi le passé qui l'a créé.


Annulation de dernière minute des circuits du matin et de l’après-midi dans la bastide de Rébénacq pour cause de pluie, cette sortie devrait être reportée à l’automne.
Les amateurs de spéléologie et de géologie ont pu se réfugier en matinée dans la salle prêtée par la mairie de Rébénacq, pour une introduction géologique à la découverte de la Grotte BALAGUE. Le village situé proche du Chevauchement Frontal Nord Pyrénéen (CNPF) cache quelques indices tectoniques liés à l’apparition des Pyrénées et aux forces de compression tels que chevauchement, plis et failles.
Ce qui nous a surtout intéressés, c’est le massif de calcaires subrécifaux à Toucasia de l’Aptien supérieur, dans la région du Pic de Rébénacq, abritant aujourd’hui un karst formé dans des conditions anciennes. Ce modelé particulier cache en profondeur des circulations d’eau apparaissant au gré de plusieurs résurgences dont l’œil du Néez, qui avec un débit élevé entre 1 et 5 m3/seconde alimente en eau potable la ville de Pau. C’est Napoléon III qui signa le décret impérial le 6 juillet 1862 déclarant d’utilité publique son acquisition par la ville de Pau pour alimenter en eau les Palois. Puis plus récemment plusieurs colorations réalisées par des hydrogéologues depuis les pertes du gave dans le bassin d’Arudy ont confirmé qu'il contribue à ces écoulements souterrains vers Rébénacq 4 à 5 km en aval.
Comment l’eau peut-elle s’écouler dans ces roches ? Pour Denis, hydrogéologue, l’eau s’est d’abord faufilée au travers de failles et de fractures, orientées ici Sud-Nord, puis le calcaire s’est corrodé grâce à la présence de dioxyde de carbone et la froideur favorable de l’eau. Les réactions chimiques et l’action mécanique de l’eau sont déterminantes pour l’érosion de ces roches carbonatées qui sont alors émergées. Parfois l’eau peut alors circuler en véritables rivières souterraines dans des karst actifs et constituer des aquifères.
Depuis Rébénacq, des spéléologues ont bien tenté de remonter ces orifices, mais en vain. Aujourd’hui l’excursion s’engage dans la cavité de la grotte BALAGUE, située quelques mètres plus en hauteur que la sortie de l’Œil du Néez, dans la partie non fonctionnelle du karst, abandonnée par ses anciennes rivières.
Entrée par une discrète fissure en mode contorsionniste et après une première descente en rappel nous découvrons les premiers indices du lit abandonné de la rivière souterraine tracé au bénéfice du relai de plusieurs failles.
Plus loin ce sont les dépôts détritiques, dont le grano-classement avec ses graviers grossiers, fins, le sable et les argiles nous démontrent les modes de dépôt des sédiments et expliquent les rythmes d’écoulement de l’eau, tantôt en déluges érosifs tantôt en faibles écoulements favorisant sédimentation et décantation de boues. Mais c’est un dépôt de graviers qui nous questionne quant à leur provenance et leur long déplacement. Par exemple, ces galets de couleur rougeâtre proviendraient-ils du massif permien situé à 40 km au sud, proche de l’actuelle frontière espagnole ? LAURE, géologue, observant le dépôt s’interroge : les galets de granite blanc, typique de celui des Eaux-Chaudes, seraient-ils l’évidence de la contribution des glaciers à ce long transport ?
Après plus de trois heures sous terre, c’est la sortie au plein air, les yeux tout é’karsttillés qui nous ramènent aux temps actuels. Nos tenues tartinées intégralement d’argile ocre montrent tout l’engagement physique nécessaire pour réaliser cette excursion.
Accompagnement par un professionnel spéléologue recommandé pour réaliser cette excursion, par exemple avec Nicolas de Aqua Vertige pour sa patience, sa passion et le partage de ses connaissances géologiques !

 

 

 

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