Annulation de dernière minute des circuits du matin et de l’après-midi dans la bastide de Rébénacq pour cause de pluie, cette sortie devrait être reportée à l’automne.
Les amateurs de spéléologie et de géologie ont pu se réfugier en matinée dans la salle prêtée par la mairie de Rébénacq, pour une introduction géologique à la découverte de la Grotte BALAGUE. Le village situé proche du Chevauchement Frontal Nord Pyrénéen (CNPF) cache quelques indices tectoniques liés à l’apparition des Pyrénées et aux forces de compression tels que chevauchement, plis et failles.
Ce qui nous a surtout intéressés, c’est le massif de calcaires subrécifaux à Toucasia de l’Aptien supérieur, dans la région du Pic de Rébénacq, abritant aujourd’hui un karst formé dans des conditions anciennes. Ce modelé particulier cache en profondeur des circulations d’eau apparaissant au gré de plusieurs résurgences dont l’œil du Néez, qui avec un débit élevé entre 1 et 5 m3/seconde alimente en eau potable la ville de Pau. C’est Napoléon III qui signa le décret impérial le 6 juillet 1862 déclarant d’utilité publique son acquisition par la ville de Pau pour alimenter en eau les Palois. Puis plus récemment plusieurs colorations réalisées par des hydrogéologues depuis les pertes du gave dans le bassin d’Arudy ont confirmé qu'il contribue à ces écoulements souterrains vers Rébénacq 4 à 5 km en aval.
Comment l’eau peut-elle s’écouler dans ces roches ? Pour Denis, hydrogéologue, l’eau s’est d’abord faufilée au travers de failles et de fractures, orientées ici Sud-Nord, puis le calcaire s’est corrodé grâce à la présence de dioxyde de carbone et la froideur favorable de l’eau. Les réactions chimiques et l’action mécanique de l’eau sont déterminantes pour l’érosion de ces roches carbonatées qui sont alors émergées. Parfois l’eau peut alors circuler en véritables rivières souterraines dans des karst actifs et constituer des aquifères.
Depuis Rébénacq, des spéléologues ont bien tenté de remonter ces orifices, mais en vain. Aujourd’hui l’excursion s’engage dans la cavité de la grotte BALAGUE, située quelques mètres plus en hauteur que la sortie de l’Œil du Néez, dans la partie non fonctionnelle du karst, abandonnée par ses anciennes rivières.
Entrée par une discrète fissure en mode contorsionniste et après une première descente en rappel nous découvrons les premiers indices du lit abandonné de la rivière souterraine tracé au bénéfice du relai de plusieurs failles.
Plus loin ce sont les dépôts détritiques, dont le grano-classement avec ses graviers grossiers, fins, le sable et les argiles nous démontrent les modes de dépôt des sédiments et expliquent les rythmes d’écoulement de l’eau, tantôt en déluges érosifs tantôt en faibles écoulements favorisant sédimentation et décantation de boues. Mais c’est un dépôt de graviers qui nous questionne quant à leur provenance et leur long déplacement. Par exemple, ces galets de couleur rougeâtre proviendraient-ils du massif permien situé à 40 km au sud, proche de l’actuelle frontière espagnole ? LAURE, géologue, observant le dépôt s’interroge : les galets de granite blanc, typique de celui des Eaux-Chaudes, seraient-ils l’évidence de la contribution des glaciers à ce long transport ?
Après plus de trois heures sous terre, c’est la sortie au plein air, les yeux tout é’karsttillés qui nous ramènent aux temps actuels. Nos tenues tartinées intégralement d’argile ocre montrent tout l’engagement physique nécessaire pour réaliser cette excursion.
Accompagnement par un professionnel spéléologue recommandé pour réaliser cette excursion, par exemple avec Nicolas de Aqua Vertige pour sa patience, sa passion et le partage de ses connaissances géologiques !

 

 

 

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